Padam vous fait marcher, pas à pas, vous raconte des histoires au fil du caniveau, au fil du soleil qui se lève et se couche, au fil de la Lune qui forcément se couche (elle se couche toujours, cette chienne), au fil des nuques de femmes qui se retournent sur vous, au fil des verres, au fil des vies, des autres et des chansons qu'ils balancent. Et qui balancent.
Sur les trottoirs de Padam, il y a un air, des airs, du vent, du souffle, un souffle qui ne remonte pas les cols sur les museaux, mais qui fait ouvrir les vestes, qui fait montrer les poumons.
Sur les trottoirs de Padam, il n'y a pas de coins de rue, et les carrefours n'arrêtent pas la marche, au contraire: le trottoir continue sa course, par-delà mers et montagnes. Les carrefours, c'est chaque maison, chaque façade que Padam montre au fil des pas, des plages, des airs et des vents.
Sur les trottoirs de Padam, passez donc devant l'épicier arabe, avec ses odeurs de menthe et d'épices, et vous aurez des rimes. Devant Emir, le chauffeur routier slave, qui voit dans les murs lépreux les bourgeons du printemps éclater comme des grenades. Devant le bistrot bougnat où un vieillard sans âge fait souffrir un accordéon. Devant les derniers blousons noirs, devant une fillette romanichel qui mendie en montrant une carte postale de fleur.
Sur les trottoirs de Padam, vous avez beau passer, on vous passe devant. Et cet "on", il porte des jupons : "on" a le sourire frais et les lèvres pulpeuses, les corsages vibrants et le pas léger, "on" vous regarde toujours, en souriant parfois.
Sur les trottoirs de Padam, des musiques voyagent, de la Gnawa Diffusion dans les roulottes (des écouteurs dans les oreilles), la tête bien raide et le coeur en trompette, les cris de Louise qui est d'attaque pour vous mettre une gifle si vous lui faites les yeux doux, mais qui fait la coquine et s'enfuit en dansant. Elle sont là, sur les trottoirs de Padam, elles sont là, toutes. Et vous n'en voudriez qu'une, qu'une au moins. Java, musette, rock, d'Est en ouest, d'Orient en Occident, qu'importe d'où vient la danse et d'où vient le rythme, pourvu qu'on ait l'ivresse, pourvu qu'on la tienne, ses courbes, sa chaleur. C'est le bonheur, c'est le bordel, et tout bat la chamade.



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